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Pensées sur le temps qui passe

(Texte original écrit en mars 2024). Minuit vient de passer, je suis assis à mon bureau – bordélique comme c’est le cas depuis toujours -, et je ressens soudain l’envie d’écrire à propos de moi. Oh non, ne craignez pas une crise d’ego, mais plutôt une envie de vider mon sac.

À l’heure où je débute ces lignes, j’ai 59 ans… Sauf maladie, accident ou envie morbide soudaine, dans moins d’un an, j’atteindrai le cap des 60 ans. Ce que l’on appelle toujours officiellement le troisième âge. Pourtant, à l’intérieur, dans cette caboche qui donne pourtant souvent des signes de défaillance, je ne ressens pas cet âge. Non, je ne deviens pas vieux ! Je refuse l’inéluctable qui par définition arrivera toujours puisque, justement, il est inéluctable. Un petit détour par l’excellent Centre National des ressources textuelles et lexicales, me permet de vous donner une définition exacte car je tiens à ce que vous comprenez bien cette inexorabilité qui nous attend toutes et tous :

Qui ne peut être évité ; à quoi on ne peut se soustraire. Synonyme : fatal, immanquable, implacable, inévitable, inexorable, infaillible, nécessaire. Fatalité, lien, loi, mal, mort, sentiment inéluctable. N'essayez pas d'échapper (...) à cette volonté inéluctable que rien ne peut faire dévier (Gautier, Fracasse,1863, p. 402). L’inéluctable destinée, à laquelle ses craintes, ni sa tendresse, ni ses prières, ne pourraient plus arracher son enfant (Martin du G., Thib., Belle sais., 1923, p. 990).

 

Pour écrire ce début de mes réflexions, je voulais aussi me servir de cet outil merveilleux qu’est l’intelligence artificielle, hélas à ce stade toujours supplanté par la connerie naturelle quand on songe à ceux qui s’imaginent (au moment où je rédige ces lignes bien sûr) qu’il suffit de taper un sujet pour que les mots naissent de la magie d’une machine. Et bien non, car si la machine a des connaissances, elles sont forcément limitées puisque c’est l’Homme lui-même qui les as implantés en son cœur. Et quand bien même aurait-on transmis l’entièreté des connaissances humaines, on n’aurait pu donner une âme, des émotions, les craintes ou les contradictions qui constituent notre personnalité, qui font de nous des êtres potentiellement semblables, mais unique. N’oubliez pas que vous êtes uniques… comme tout le monde. Curieux paradoxe.

J’en reviens à ma requête, j’ai inscrit le « prompt », l’ordre de créer un texte sur un sujet donné. Le mien était à la fois clair, limpide et simple : « J'ai 60 ans, est-ce grave docteur ? ».

Je vous livre sa réponse in-extenso et sans modification, nous en reparlerons par après.

Dans de nombreuses cultures, l'âge est considéré comme un signe de sagesse et de respect. Les personnes âgées sont souvent vénérées pour leur expérience de vie et leur connaissance du monde. Cependant, dans d'autres cultures, l'âge est souvent associé à la perte de la jeunesse et de la vitalité, et peut être considéré comme un fardeau.

 

Dans notre société moderne, l'âge est souvent perçu comme un facteur important dans la façon dont nous sommes perçus et traités. Les jeunes sont souvent valorisés pour leur énergie, leur créativité et leur potentiel, tandis que les personnes âgées peuvent être considérées comme moins compétentes, moins productives et moins intéressantes.

 

Cependant, il est important de se rappeler que l'âge n'est qu'un nombre et que chaque personne a sa propre histoire de vie et son propre parcours. Les personnes âgées peuvent apporter une richesse d'expérience et de connaissances à la société, et peuvent continuer à être actives et productives à tout âge.

 

Il est également important de souligner que la façon dont nous percevons l'âge peut avoir un impact sur notre propre vie. Si nous considérons l'âge comme un fardeau ou une limitation, cela peut affecter notre propre estime de soi et notre capacité à réaliser nos objectifs. En revanche, si nous considérons l'âge comme une opportunité de croissance et de développement, cela peut nous aider à rester positifs et à continuer à apprendre et à grandir tout au long de notre vie.

En fin de compte, l'âge ne devrait pas être un facteur limitant dans notre vie. Nous pouvons tous continuer à apprendre, à grandir et à réaliser nos rêves, peu importe notre âge. Il est important de se concentrer sur les choses positives de la vie et de profiter de chaque jour comme une nouvelle opportunité de vivre pleinement notre vie.


Je vais me permettre de développer et d’expliciter mon point de vue sur quelques-unes de ces réflexions.

Première réflexion, j’ai l’impression de lire un texte Barnum, un texte passe-partout comme le sont les horoscopes dans les journaux.

L'effet Barnum, c'est comme un tour de magie qui nous fait croire que le message est personnel alors qu'il est universel. C'est un peu comme si on nous disait qu'on est spécial, alors qu'en fait, on est juste banal. Mais attention, ceux qui maîtrisent cette technique peuvent être très doués pour amener les autres à valider leurs propos, voire pour les manipuler.

L'expérience initiale de Bertram Forer (un professeur de faculté qui ne les avait plus tout à fait) est bien connue. Il a fait passer un test de personnalité à ses étudiants, mais au lieu de leur donner un vrai bilan psychologique, il leur a donné un texte universel, identique pour chacun d'eux. Et pourtant, les étudiants se sont tous reconnus dans le texte, comme s'il avait été écrit spécialement pour eux.

Les messages à effet Barnum donnent l'illusion de dresser un portrait nuancé d'une personnalité, mais en fait, ils ne sont que des généralités vagues et abstraites. C'est un peu comme si on nous disait qu'on est à la fois extraverti et introverti, bavard et réservé, discipliné et préoccupé. Mais en réalité, ces traits de caractère sont si vagues qu'on peut tous s'y reconnaître.

Alors, comment éviter de se faire manipuler par l'effet Barnum ? Il faut prendre du recul, rationaliser et comprendre ce qui est en train de se jouer. Il faut se rappeler que les messages à effet Barnum ne sont que des généralités vagues et abstraites, qui ne reflètent pas notre véritable personnalité. Il faut se méfier des personnes qui utilisent cette technique pour nous manipuler, mais on peut aussi l'utiliser honnêtement pour créer un élan collectif.

Bref et c’est l’un des premiers conseils que j’aimerais laisser à la disposition de tous et surtout de la génération qui arrive : soyez toujours en train d’analyser les informations qui vous parviennent, choisissez des sources dignes de confiance à contrario des anti covid qui préféraient les explications d’un comique alcoolique ou d’un chanteur raté à celles de professeurs qui avaient des années d’études sur le sujet. Mais je m’écarte de mon texte généré par l’IA dont je vous avais promis une analyse, un décorticage.


« Dans de nombreuses cultures, l'âge est considéré comme un signe de sagesse et de respect. Les personnes âgées sont souvent vénérées pour leur expérience de vie et leur connaissance du monde. Cependant, dans d'autres cultures, l'âge est souvent associé à la perte de la jeunesse et de la vitalité, et peut être considéré comme un fardeau. » Tout dépend bien sûr de l’état dans lequel vous abordez votre troisième ou pire votre quatrième âge puisque la médecine à fait de grands progrès depuis le docteur Knock qui professait que « Tout homme bien portant est un malade qui s’ignore ». Qu’on se le dise, en ce premier quart du 21e siècle, la sagesse et le respect d’une personne mature (pour rester soft dans les déclarations) est chose de plus en plus rare. Elle est l’apanage de quelques sages, c’est-à-dire pas destiné à l’Homme de la rue, au citoyen lambda. Si Dieu Merci, je n’en suis pas encore à ce stade, le « vieux », le « senex » en latin (ce qui fait quand même plus classe) n’est donc in fine pas un sage. Il râle, il peste, il a son avis sur tout et il a surtout son avis et en plus sur des choses qui ne font plus partie de la vie actuelle. La phrase redoutée de la plus jeune génération commence inévitablement par « De mon temps… »

 

Deuxième partie de l’extrait, la référence à l’expérience. C’est vrai, l’âge apporte son lot de connaissances qui manque à de nombreuses personnes qui n’ont pas atteint un âge plus vénérable. C’est d’autant moins pratique qu’à chaque « senex » qui défuncte, c’est un pan de mémoire non écrite qui disparaît. Et ce d’autant plus vite que l’on n’écoutait plus le vieux con lorsqu’il exprimait quelque chose. Un peu comme une vielle télé, ça fait vintage, mais on ne l’allume plus.

 

Je pense que je vous ai parlé du Barnum rien que pour le bout de phrase suivant : « Cependant, dans d'autres cultures, l'âge est souvent associé à la perte de la jeunesse ». Monsieur de la Fayette1, dont on affirmait qu’un quart d’heure avant sa mort, il était encore en vie, n’aurait pas renié cette affirmation : plus on est âgé, moins on est jeune. Et finalement, ce paragraphe se conclu en toute beauté par ce que pense tout le monde, à savoir que le « vieux » est un fardeau.

 

Que toute entité déiforme m’en soit témoin, je ne veux pas devenir cette personne âgée, privée de la faculté élémentaire d’un minimum de contrôle de son corps et de son esprit, que l’on enferme « pour son bien » dans des établissements de fin de vie, appelé plus communément mouroir. Que les murs soient blancs, que les draps soient propres, que les infirmières ou le personnel soient sympathiques n’y change rien : quand on est plus chez soi par la force des choses, on n’est plus soi. Regarder le soleil qui se lève au matin puis qui se couche au soir, en remplissant des couches, revenir dans un état infantile mais moins charmant ne peut être une situation enviable. Heureux sont ceux qui conservent un minimum d’autonomie et d’intellect pour vivre chez eux, difficilement parfois, seuls souvent (parce que ça sent la poussière un vieux), mais dans leurs murs, leurs lieux de vie, leurs objets personnels, leurs meubles parfois décrépis mais les leurs. Arrivés alors au stade ultime, les vieux résonnent comme dans les paroles d’une chanson de Jacques Brel : Les vieux ne bougent plus, Leurs gestes ont trop de rides leur monde est trop petit. Du lit à la fenêtre, puis du lit au fauteuil, Et puis du lit au lit. Bien sûr chacun connaît une fin de vie différente, mais la plupart du temps, ce que j’énonce comme une banalité est aussi le reflet d’une certaine réalité. Brel qui écrivit si bien sur le sujet dans la chanson « Les Vieux » n’eut pas la chance ou la malchance (nous développerons plus loin) de connaître la vieillesse puisqu’il disparu pas assez brutalement des suites d’un cancer des poumons, il avait 49 ans… Vous vous rendez compte de ma chance ? J’ai vécu plus vieux que Brel, mais j’ai eu beaucoup moins de talent(s) surtout, mais aussi plus qu’Edith Piaf qui apparaissait déformée sur scène, vieillie par la maladie, et qui nous quitte à 47 ans. Ou encore, pour rester comme avec les deux précédents, dans la musique et le cinéma, le magnifique et si gentil Bourvil qui décède d’un cancer des os, après de mois de souffrance à l’âge de 53 ans. Lorsqu’il apprit de quoi il souffrait, il s’assit sur son lit, terrassé par la nouvelle, et s’étonna : « Pourquoi moi ? »

 

Pourquoi, mais peut être que finalement il y a un être suprême qui fait, qui veut, que les gentils partent plus vite et leur épargne ainsi la déchéance de la vieillesse.

 

Misère, c’est encore un signe de dysfonctionnement, je m’égare dans mon sujet, je vous abreuve de détails parce que je veux vous montrer qu’à l’aube de mon troisième âge, je sais encore plein de choses qui peuvent, au moins, divertir ou cultiver.

 

Passons au deuxième paragraphe de l’IA : Dans notre société moderne, l'âge est souvent perçu comme un facteur important dans la façon dont nous sommes perçus et traités. Les jeunes sont souvent valorisés pour leur énergie, leur créativité et leur potentiel, tandis que les personnes âgées peuvent être considérées comme moins compétentes, moins productives et moins intéressantes.

 

Bon ben là, nous devons reconnaître que c’est globalement vrai. Le corps se ralenti, la mémoire s’étiole, les réflexes s’attardent et défaillent, tandis qu’une jeunesse (traditionnelle, c’est-à-dire ne souffrant pas d’une quelconque pathologie handicapante) est plus vive, plus réactive (trop parfois). Mais il est important de laisser à la jeunesse, sa détermination et son pouvoir ou son envie de changer le monde. Qu’elle se rassure, nous avons eu, nous aussi, l’envie de changer ce que nos aïeux avaient fait, et peu à peu de nouvelles habitudes apparaissent, même si l’on entend souvent l’un ou l’autre passéiste déclarer « C’était mieux avant ».

 

Troisième paragraphe numérique : Cependant, il est important de se rappeler que l'âge n'est qu'un nombre et que chaque personne a sa propre histoire de vie et son propre parcours. Les personnes âgées peuvent apporter une richesse d'expérience et de connaissances à la société, et peuvent continuer à être actives et productives à tout âge.

 

Bon admettons… Admettons un moment que je ne veuille pas être l’horrible cynique que je parais depuis le début de cet article (ce n’est d’ailleurs pas le cas, je gagne a être connu et j’apporte du plaisir en société… si ce n’est quand j’arrive, c’est au moins quand je pars).

L'âge est souvent considéré comme un simple nombre, une mesure quantitative du temps écoulé depuis notre naissance. Cependant, cette notion peut être approfondie et interprétée de différentes manières, révélant ainsi sa complexité et sa signification plus profonde.

D'un point de vue physique, l'âge peut être perçu comme une indication de l'état de notre corps et de notre santé. Il est vrai que le temps qui passe a un impact sur notre organisme, mais il ne doit pas être considéré comme une limitation absolue. De nombreuses personnes défient les attentes liées à leur âge en maintenant une forme physique et une vitalité exceptionnelle.

Certaines personnes peuvent être plus matures et avoir une compréhension plus profonde de la vie à un jeune âge, tandis que d'autres peuvent rester figées dans des schémas de pensée et des comportements immatures malgré leur avancée en âge.

L'âge peut également être considéré comme une barrière sociale, déterminant les attentes et les rôles qui nous sont assignés dans la société. Cependant, il est essentiel de remettre en question ces normes et de reconnaître que chaque individu a le pouvoir de redéfinir son parcours, indépendamment de son âge. De nombreux artistes, écrivains, entrepreneurs et innovateurs ont connu le succès en défiant les attentes liées à leur âge et en embrassant leur créativité et leur passion.

En fin de compte, l'âge n'est qu'un nombre relatif qui ne devrait pas définir qui nous sommes, ce que nous pouvons accomplir ou comment nous devrions vivre notre vie. C'est notre état d'esprit, notre attitude et notre engagement envers nos rêves et nos aspirations qui sont les véritables moteurs de notre épanouissement personnel et de notre succès. Alors, ne laissez pas l'âge vous limiter, mais plutôt utilisez-le comme un rappel de la richesse et de la diversité de l'expérience humaine.

 

1 Le marquis de La Fayette était un général et homme politique français, qui s’illustra lors de la guerre d’Indépendance américaine et participa aux débuts de la Révolution française. Agé de seulement 19 ans, il obtient qu’un corps d’environ 6000 hommes, commandé par le général Rochambeau, soit envoyé outre-Atlantique. Il mène avec ce célèbre général une campagne qui oblige Cornwallis, encerclé dans Yorktown, à capituler le 17 octobre 1781. Cette victoire devait aboutir à l'indépendance des États-Unis. De retour en France en 1825, La Fayette est une nouvelle fois élu député de Seine-et-Marne en 1827 puis, après la révolution des Trois Glorieuses, reçoit le commandement de la garde nationale mais démissionne peu de temps après, à la suite d’un différend intervenu entre lui et le roi Louis-Philippe. La Fayette meurt à Paris le 20 mai 1834, laissant en France un souvenir mitigé du fait de ses ambivalences politiques et de ses tentations césaristes. Cependant, durant toute sa carrière, il a prôné l’égalité sociale, la représentation populaire, la tolérance religieuse et la liberté de la presse. En 1917, les américains reconnaissants s’engagent aux cotés de la France dans la Première Guerre mondiale au cri de « La Fayette, nous voici ! ». En 2002, le marquis recevra à titre posthume la nationalité américaine.

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